Les 18-25 ans: une génération de la déconstruction

Une enquête récemment évoquée par le Monde révèle la préoccupation croissante des jeunes autour de leur santé mentale. Elle pointe également leur tendance à se recentrer sur l’essentiel , faute de pouvoir se projeter dans un monde où domine plus que jamais l’incertitude.
Cette quête personnelle contribuera sans doute ( et contribue déjà) à créer une demande plus importante pour les accompagner dans leur recherche de sens. Mais il me semble que le « bullshit » coaching a du soucis à se faire (j’entends par là - et en référence au livre de David Graeber- les offres de coaching qui, soit sur-vendent des méthodes miraculeuses, soit ne proposent finalement rien d’autre que de faire toujours plus de la même chose: mieux gérer ( ses émotions, ses angoisses, son potentiel etc...), mieux s’adapter ( aux attendus, à l’entreprise, à tel ou tel rôle etc...), bref , mieux se conformer aux modèles dominants...) 
Cette génération, plus consciente que les précédentes, ne se contentera pas de pseudos «baguettes » magiques ni de discours bien pensants sur les valeurs et les besoins...
« Digital native », cette génération est aussi celle de la «déconstruction»: déconstruction des discours éducatifs qu’on leur tient depuis leur enfance, déconstruction des discours d’entreprise dont leurs parents ressortent épuisés psychiquement et incapables de se ressourcer et plus généralement déconstruction des discours socio-politiques qui les poussent toujours plus à surconsommer tout en les invisibilisant lorsqu’ils s’agit de parler de l’avenir du monde dans lequel ils vont vivre  ...
Parce qu’ils sont vraiment  nombreux parmi les 18-25 ans à se questionner sur ce qui a vraiment du sens afin de pouvoir construire leur vie malgré les incertitudes, il me semble vraiment indispensable que ceux qui les accompagnent - parents, profs, coachs, psy... - puissent retrouver un semblant de légitimité en ayant eux-aussi clarifié et déconstruit/reconstruit leurs rapports aux discours dominants et aux injonctions normatives des grands domaines sociaux que sont notamment la famille* ( et aussi la question des genres), l’éducation*, l’entreprise*, la politique*, l’environnement* etc... 
Sacré challenge pour des professionnels de l’accompagnement souvent quadras ou quinquas ( et dont je suis) confortablement installés dans des certitudes que la pandémie n’a probablement pas ébranlées tant que ça ...
Mais ce n’est pourtant qu’à ce prix que nous nous hisserons à la hauteur d’une génération hyper lucide dont nous avons beaucoup à apprendre! 

*le sens de ces mots étant eux-mêmes à déconstruire...