Clarifier son intentionnalité.
Lorsque je reçois des coachs en supervision dont l’intention est, a priori, d’aider leurs clients à aller « mieux », à « mieux » gérer leurs émotions ou à « mieux » s’adapter à leur environnement professionnel ou personnel, je les invite souvent à prendre un temps de recul sur ce que recouvre réellement cette intention. En y regardant de plus près, il s’agit bien souvent d’accompagner leurs clients à optimiser leurs réponses actuelles . Autrement dit même si c’est de manière plus ajustée ou plus efficace il s’agit souvent de les amener à faire davantage de ce qu’ils font déjà….
Autrement dit, ce faisant, ils tendent à rester à l’intérieur du même cadre de référence, sans nécessairement interroger ce qui le structure. Cette posture peut bien sûr être pertinente et utile… mais encore faut il qu’elle soit réellement consciente, choisie, et qu’elle convienne autant au coach qu’à son client.
Les histoires de nos clients ne se construisent jamais seules. Elles sont souvent traversées, parfois même saturées, par d’autres récits , ceux des organisations, de l’école, de la société. Mais il en est également de même pour nous les accompagnants.
En supervision, il n’est pas rare que j’amène les coachs à s’interroger sur « qui parle » quand un client parle de difficultés. A qui appartient vraiment la pression qu’il ressent? Est-ce uniquement la sienne… ou aussi celle du système dans lequel il évolue ?
Lorsque nous aidons quelqu’un à atteindre « mieux » ses objectifs, de quels objectifs parle-t-on exactement ? Et au service de qui sont-ils ?
Quand une mère évoque une colère qu’elle n’arrive plus à contenir, cherchons-nous à l’aider à la « gérer »… ou à écouter ce que cette colère raconte des attentes qui pèsent sur elle ?
Et quand un adolescent dit ne pas savoir quoi faire de son avenir, est-ce vraiment un problème à résoudre… ou une histoire à élargir, dans un monde qui supporte mal l’incertitude ?
Ces questions n’ont pas vocation à remettre en cause le travail des coachs, mais plutôt à réouvrir le champ des possibles. Elles permettent souvent de déplacer légèrement le regard : du « comment faire plus et mieux de la même chose… » vers « qu’est-ce qui, dans le contexte, mériterait peut-être d’être questionné et remis en perspective? »
Qu’en est-il par exemple du stress d’un adolescent ou de ses parents qui lui mettent la pression lorsque ce sont les injonctions de l’organisation ou du système scolaire qui posent problème ?
Que faisons-nous encore lorsque nous aidons un adolescent à décider de son orientation, alors que son mal-être est peut-être lié au fait que les adultes de son entourage oublient qu’il est parfaitement légitime de ne pas savoir, à 15 ans, ce que l’on fera à 30 ?
Jusqu’à quel point est-il ok de contribuer, en tant que coach, à ce qu’un salarié atteigne «mieux » ses objectifs alors même qu’il croule déjà sous le poids des attentes organisationnelles ?
Sommes-nous pleinement alignés lorsque nous accompagnons une mère à « mieux » gérer ses émotions, alors que sa colère est liée à des pressions sociales sur la parentalité, le travail, et les rôles assignés aux femmes auxquelles elle ne peut échapper?
Chacun apportera bien sûr ses propres réponses.
À titre personnel, face à la formulation d’un objectif par mes clients, je m’efforce toujours de les accompagner du côté du contexte de leur demande.
Sauf lorsque cela ne résonne pas du tout pour eux, et cela arrive, il me semble important de leur permettre de prendre conscience non seulement des croyances à l’origine de leur demande, mais aussi, pour le dire simplement, des schémas sociaux qui s’imposent à eux.
Lorsque les coachs conscientisent non seulement le contexte des demandes qui leur sont faites mais aussi celui de leurs propres croyances cela leur permet souvent de pouvoir accompagner leurs clients à se positionner face aux injonctions sociales qu’ils rencontrent . Et cela conduit souvent à ce que l’objectif initial se transforme, voire se dissolve.
Le travail de coaching s’oriente alors plus naturellement vers une exploration de l’identité de la personne, de ses valeurs, de ce qui compte réellement pour elle.
J’ai remarqué que les coachs que je supervise ont parfois besoin d’une sorte «d’autorisation » pour aborder l’identité de leurs clients. Comme s’ils craignaient que ce travail ne les éloigne de l’objectif initial.
Bien au contraire! C’est ce travail qui permet vraiment de vérifier dans quelle mesure l’objectif qu’ils poursuivent s’inscrit dans une histoire qui leur ressemble, à laquelle ils peuvent dire « oui », et qui respecte ce qui compte profondément pour eux.
Autrement dit, cela permet de ne plus seulement atteindre un objectif, mais de s’assurer que cet objectif est au service d’une identité choisie, et
qu’il contribue à épaissir un récit de vie dans lequel la personne se reconnaît pleinement.
Au bout du compte, les personnes aurons été accompagnées à reconnaître l’importance d’accueillir leurs émotions et à entendre ce qu’elles viennent signifier. Elles retrouveront la possibilité de décider de la place qu’elles souhaitent accorder à ces messages et de choisir ce qu’elles veulent en faire. Y compris, parfois, refuser de continuer d’en subir les effets délétères.

Écrire commentaire